Honda prépare son premier vrai pick-up sur une base Mitsubishi
Honda pourrait bientôt faire son entrée dans un segment où la marque n’a jusqu’ici jamais réellement joué : celui des camionnettes à châssis séparé. Selon plusieurs médias japonais, le constructeur envisagerait de commercialiser dès 2028 une version rebadgée du Mitsubishi Triton en Asie du Sud-Est. Le projet marquerait une nouvelle étape dans la collaboration entre Honda, Nissan et Mitsubishi, trois constructeurs japonais qui avaient pourtant tenté, en 2024, de mettre sur pied une alliance beaucoup plus ambitieuse qui s’est finalement soldée par un échec.
Une première pour Honda
Selon les informations publiées le 9 octobre par les journaux japonais Yomiuri et Nikkei, Honda vendrait à partir de 2028 une camionnette basée sur le Mitsubishi Triton.
Honda n’a toutefois pas confirmé l’information. Un porte-parole du constructeur à Tokyo a indiqué que l’entreprise n’avait annoncé aucune décision de ce genre et a refusé de commenter les informations des médias japonais. Mitsubishi a également refusé de commenter.
Une porte-parole de l’entreprise, Shiori Akiyama, s’est néanmoins contentée de rappeler que Honda, Nissan et Mitsubishi poursuivent leurs discussions sur différentes formes de collaboration.
Si le projet se concrétise, Honda entrerait pour la première fois de façon importante dans le marché des camionnettes à châssis séparé.
La seule véritable expérience de Honda dans ce domaine remonte aux années 1990, lorsque le constructeur avait commercialisé en Thaïlande une camionnette appelée Tourmaster. Le modèle était toutefois fourni par Isuzu.
Le Triton, une base solide
Pour Mitsubishi, cette entente permettrait d’augmenter les volumes produits à partir de sa plateforme de camionnette. Le Triton constitue en effet l’un des principaux modèles reposant sur cette architecture à châssis séparé.
Cette même plateforme doit également servir de base au nouveau Pajero, dont le retour est prévu prochainement sous la forme d’un véritable VUS à vocation hors route. Mitsubishi produit actuellement le Triton en Thaïlande. Selon les données de MarkLines,
La camionnette sert déjà de base à d’autres produits de l’alliance japonaise. Mitsubishi fournit notamment le Triton à Nissan, qui le commercialise sous le nom de Navara sur certains marchés.
Honda cherche de nouveaux relais de croissance
Cette éventuelle camionnette arrive alors que Honda cherche à redresser une situation commerciale devenue beaucoup plus difficile, particulièrement en Chine.
Les ventes de Honda dans ce pays sont passées de 1,63 million de véhicules en 2020 à seulement 645 000 en 2025. La progression rapide des véhicules électrifiés chinois a profondément changé les règles du jeu pour les constructeurs japonais.
La situation financière de Honda est également sous pression. En mai dernier, le constructeur a annoncé une perte de 2,6 milliards de dollars américains, sa première perte depuis son entrée en Bourse en 1957. Les investissements dans les véhicules électriques, combinés au recul des ventes en Chine, ont lourdement pesé sur les résultats.
Dans ce contexte, une camionnette basée sur une technologie déjà existante permettrait à Honda d’entrer rapidement dans un segment populaire sans devoir développer de zéro une nouvelle architecture.
Une stratégie qui pourrait dépasser l’Asie du Sud-Est
Selon le Yomiuri, Honda étudierait la possibilité de commercialiser cette camionnette dans d’autres régions que l’Asie du Sud-Est.
Le constructeur pourrait également envisager de reprendre d’autres modèles Mitsubishi et d’aller plus loin dans les achats communs de composants.
Cette stratégie serait particulièrement intéressante pour Honda, qui possède actuellement la Ridgeline, mais dont la conception monocoque la distingue fondamentalement des camionnettes traditionnelles comme les Toyota Tacoma, Ford Ranger ou Chevrolet Colorado.
La Ridgeline est davantage conçue comme une voiture surélevée avec une caisse de camionnette, tandis qu’un Triton repose sur un châssis séparé capable de supporter des charges et des contraintes plus importantes.
Honda, Nissan et Mitsubishi continuent de travailler ensemble
L’histoire derrière cette nouvelle collaboration est presque aussi intéressante que la camionnette elle-même.
En décembre 2024, Honda et Nissan avaient annoncé leur intention de fusionner au sein d’une nouvelle société de portefeuille. Mitsubishi, déjà détenu en partie par Nissan depuis 2016, avait alors indiqué qu’il pourrait également se joindre au projet.
L’objectif était ambitieux : finaliser l’accord en juin 2025 et mettre sur pied la nouvelle entreprise en août 2026.
Mais les négociations se sont rapidement enlisées. Honda souhaitait notamment prendre le contrôle de Nissan plutôt que de réaliser une fusion entre égaux. En février 2025, les deux constructeurs ont finalement abandonné leur projet de fusion et décidé de revenir à leur partenariat stratégique annoncé en mars 2024.
La coopération n’a toutefois pas disparu. Elle prend maintenant une forme beaucoup plus pragmatique : partage de produits, approvisionnement et développement commun de technologies.
Une stratégie nord-américaine
Honda étudie par ailleurs avec Nissan la possibilité de mettre en place des échanges de véhicules en Amérique du Nord.
Les détails demeurent inconnus, mais cette collaboration pourrait éventuellement inclure une famille de camionnettes à châssis séparé que Nissan prépare pour les prochaines années. Le retour du Nissan Xterra, possiblement autour de 2028, pourrait notamment s’inscrire dans cette stratégie.
De son côté, Mitsubishi avait annoncé en mai son intention de faire son entrée dans le très concurrentiel marché américain des camionnettes intermédiaires avec un modèle fourni par Nissan.
La cible est évidente : aller chercher quelques ventes aux Toyota Tacoma, Chevrolet Colorado et Ford Ranger, qui dominent actuellement le segment.
Honda pourrait-il éventuellement offrir ce camion au Canada?
Pour l’instant, rien n’indique que cette éventuelle camionnette Honda serait destinée au Canada ou aux États-Unis. Le projet rapporté concerne d’abord l’Asie du Sud-Est et pourrait être lancé en 2028.
Mais si Honda décide effectivement d’étendre sa commercialisation, l’Amérique du Nord pourrait devenir une destination logique. Le constructeur aurait alors enfin un véritable camion capable de rivaliser avec les modèles à châssis séparé qui dominent le marché nord-américain.
Et dans un contexte où les constructeurs cherchent à réduire les coûts de développement, il serait plutôt logique de voir Honda profiter de l’expertise de Mitsubishi et de Nissan plutôt que de dépenser des milliards pour développer son propre camion à partir d’une feuille blanche.
Avec des renseignements d’Automotive News

