Le patron de Volkswagen réclame des droits de douane contre les PHEV chinois
Le président-directeur général de Volkswagen Group, Oliver Blume, presse l’Union européenne d’agir rapidement et d’imposer de nouveaux droits de douane sur les véhicules hybrides rechargeables fabriqués en Chine. Les constructeurs chinois ont capturé près du tiers du marché européen des hybrides rechargeables au premier semestre, au grand dam des constructeurs établis. « Nous n’avons pas de temps à perdre », a déclaré Oliver Blume aux analystes lors de la présentation des résultats semestriels de Volkswagen Group, le 24 juillet. Cette sortie intervient alors que le constructeur allemand a revu à la baisse ses prévisions de revenus pour 2026, notamment en raison des droits de douane américains et de la concurrence croissante des marques chinoises.
Les marques chinoises s’emparent de 28 % du marché des hybrides rechargeables
Selon les données de l’institut Dataforce, les marques chinoises ont représenté 28,3 % des ventes européennes de véhicules hybrides rechargeables au cours des six premiers mois de l’année. Cela représente 208 368 véhicules. Les trois hybrides rechargeables les plus vendus en Europe durant cette période étaient tous des modèles chinois. Le BYD Seal U a pris la première place, devant le BYD Atto 2 et le Jaecoo 7. Le Volkswagen Tiguan, qui dominait le classement l’an dernier, a glissé au quatrième rang. Un changement de garde qui n’a probablement pas été accueilli avec des trompettes et des confettis au siège de Wolfsburg.nOliver Blume estime que l’Union européenne doit rapidement adopter une stratégie afin de rétablir ce qu’il considère comme une concurrence équitable.
Des droits de douane inspirés de ceux appliqués aux véhicules électriques
Le patron de Volkswagen souhaite que les futurs droits de douane sur les hybrides rechargeables chinois soient structurés sur le même modèle que ceux déjà imposés aux véhicules électriques fabriqués en Chine. Ces derniers peuvent subir des droits additionnels pouvant atteindre 35 %, auxquels s’ajoute le tarif d’importation standard de 10 %. « La réglementation concernant les véhicules électriques fonctionne. Nous sommes compétitifs sur le plan des prix. Là où cela ne fonctionne pas, c’est avec les hybrides rechargeables », a affirmé Oliver Blume. L’Union européenne étudierait effectivement la possibilité d’imposer des droits supplémentaires sur les hybrides rechargeables importés de Chine. Le sujet aurait fait l’objet de discussions entre responsables européens et représentants de l’industrie.
Pourquoi les hybrides rechargeables chinois progressent-ils autant?
Les constructeurs chinois comme les fabricants européens misent sur les hybrides rechargeables afin de respecter les objectifs européens de réduction des émissions de CO₂. Dans plusieurs pays, ces véhicules peuvent également bénéficier d’incitatifs fiscaux, ce qui réduit l’écart de prix avec les modèles à moteur à combustion. Les marques chinoises profitent surtout de leur capacité à proposer des modèles électrifiés à des prix compétitifs. Elles cherchent également à accroître leur présence en Europe alors que leur marché domestique est confronté à une concurrence féroce et à un ralentissement de la demande.
La part de marché chinoise atteint 9,5 % en Europe
Les ventes de véhicules produits par des marques chinoises en Europe ont bondi de 101 % au premier semestre, pour atteindre 685 990 unités. Pendant la même période, le marché automobile européen dans son ensemble a progressé de 5,9 %, à 7,2 millions de véhicules. Résultat : la part de marché des constructeurs chinois est passée de 5 % à 9,5 % en un an. Selon Oliver Blume, la pression exercée par la concurrence sur le marché chinois pousse les constructeurs locaux à accélérer leur expansion internationale. « Les concurrents chinois subissent la pression sur leur marché intérieur et l’exportation représente leur seule possibilité de réussir », a-t-il déclaré. Le dirigeant réclame également une mise en œuvre rapide de la politique industrielle européenne « Made in Europe ». Celle-ci pourrait notamment comprendre des seuils de contenu local, un soutien gouvernemental et des incitatifs liés à la production régionale. L’objectif serait de renforcer les chaînes d’approvisionnement européennes et de réduire la dépendance envers les importations.
Volkswagen pourrait importer des modèles chinois en Europe
La position de Volkswagen est toutefois loin d’être totalement protectionniste. Oliver Blume a reconnu que Volkswagen pourrait importer en Europe certains modèles produits en Chine afin de profiter de coûts de fabrication plus faibles. Le constructeur allemand ne souhaite toutefois pas partager ses usines européennes avec des constructeurs chinois pour réduire la capacité de production inutilisée. Cette stratégie contraste avec celle de Ford et de Stellantis. Ford et Geely préparent notamment une coentreprise destinée à produire des véhicules électrifiés dans l’usine Ford de Valence, en Espagne. De son côté, Stellantis doit fabriquer des modèles de son partenaire chinois Leapmotor dans certaines de ses usines espagnoles. Volkswagen préfère donc garder ses murs, ses machines et ses problèmes pour lui-même.
Jusqu’à 100 000 suppressions de postes?
Le groupe Volkswagen doit déjà composer avec d’importantes capacités de production inutilisées et un écart de coûts évalué à environ 30 % par rapport à certains concurrents. Le directeur financier Arno Antlitz estime que le constructeur doit réduire ses frais généraux d’au moins 10 milliards d’euros. Oliver Blume a également évoqué la possibilité de doubler le nombre de suppressions de postes prévues, qui pourrait passer de 50 000 à 100 000 emplois. Quatre usines allemandes pourraient par ailleurs être menacées de fermeture après 2030. Les nouvelles suppressions d’emplois envisagées concerneraient principalement les fonctions administratives à l’échelle mondiale.
Volkswagen face à un choix stratégique
Le groupe Volkswagen se trouve donc devant un dilemme complexe. D’un côté, son patron réclame une protection accrue contre la concurrence chinoise dans le secteur des hybrides rechargeables. De l’autre, Volkswagen pourrait lui-même importer certains modèles produits en Chine afin de réduire ses coûts. Cette apparente contradiction illustre parfaitement la nouvelle réalité de l’industrie automobile. Les constructeurs veulent protéger leur production locale, mais doivent en même temps réduire leurs coûts et offrir des véhicules à des prix compétitifs. En Europe, le débat sur les droits de douane chinois ne fait donc que commencer. Et pendant que les politiciens discutent, les constructeurs chinois, eux, continuent de vendre des voitures. Ce qui, dans l’industrie automobile, demeure généralement une façon assez efficace de gagner un débat.
Avec des renseignements d’Automotive News Europe

