Tesla envisage de mettre la fin au Cybertruck en 2027
On veut faire place à la production du robotaxi
Le Cybertruck n’aura finalement pas révolutionné le marché des camionnettes comme Elon Musk l’avait promis. Après plusieurs années de ventes décevantes, Tesla envisage de mettre fin à sa production vers la mi-2027 dans son usine d’Austin, au Texas. L’espace ainsi libéré servirait à augmenter la fabrication du Cybercab, le robotaxi sans conducteur qui constitue désormais l’une des grandes priorités du constructeur américain.
L’annonce a été faite par Elon Musk dans une publication sur le réseau social X. Le dirigeant présente cette décision comme la fin d’une époque, tout en affirmant que le Cybertruck demeure le meilleur véhicule jamais produit par Tesla.
Le contraste entre les ambitions initiales et les résultats commerciaux est toutefois difficile à ignorer.
Des ventes très loin des ambitions d’Elon Musk
Selon les données de Kelley Blue Book, Tesla a vendu 20 237 Cybertruck aux États-Unis en 2025, une baisse de 48 % par rapport aux 38 965 unités écoulées en 2024.
Ces résultats sont particulièrement éloignés des prévisions initiales d’Elon Musk, qui avait évoqué un objectif de 250 000 exemplaires par année avant le lancement du véhicule.
Le Cybertruck avait pourtant suscité un intérêt considérable lors de sa présentation en 2019. Son apparence futuriste, sa carrosserie en acier inoxydable et ses promesses de performances avaient alimenté une importante couverture médiatique.
Mais la curiosité initiale ne s’est jamais transformée en succès commercial durable.
Pour Andy Palmer, ancien directeur général d’Aston Martin, la décision de réduire ou d’abandonner la production est tout simplement rationnelle. Selon lui, il devient difficile de justifier le maintien d’un programme qui n’atteint pas ses objectifs de vente.
Un pari stylistique qui n’a pas convaincu
Dès sa présentation en 2019, le Cybertruck a divisé l’industrie automobile. Son design angulaire, presque géométrique, rompait radicalement avec les codes traditionnels des camionnettes américaines.
Les amateurs de camionnettes classiques ont souvent tourné en dérision son apparence, tandis que les spécialistes de la sécurité soulevaient des interrogations sur sa conformité aux normes de certains marchés internationaux.
Le lancement avait d’ailleurs été marqué par un épisode devenu célèbre. Elon Musk voulait démontrer la résistance des vitres en demandant à un employé de lancer des billes métalliques contre celles-ci. Résultat : deux vitres avaient été considérablement fissurées devant les caméras.
Lors des premières livraisons, à la fin de 2023, Musk présentait pourtant le Cybertruck comme un concurrent futuriste des camionnettes de General Motors et de Ford. Il affirmait que l’avenir devait enfin avoir l’apparence de l’avenir.
L’avenir en question s’est toutefois révélé beaucoup plus difficile à vendre que prévu.
Les obstacles réglementaires ont limité son expansion internationale
Le design du Cybertruck n’a pas seulement divisé les consommateurs. Il a également compliqué son homologation dans plusieurs marchés étrangers.
Sa carrosserie en acier inoxydable aux arêtes particulièrement prononcées pose notamment problème en Europe, où les normes de sécurité tiennent compte des blessures potentielles infligées aux piétons lors d’une collision.
Andy Palmer estime que les réglementations européennes relatives à la protection des piétons rendent pratiquement impossible la commercialisation du Cybertruck dans sa configuration actuelle.
Le véhicule est donc demeuré essentiellement un produit destiné au marché nord-américain, ce qui a considérablement limité son potentiel commercial international.
Les camionnettes électriques ne séduisent pas les Américains
Le Cybertruck n’est pas le seul véhicule électrique à avoir connu des difficultés dans le segment des camionnettes.
Les modèles électriques proposés par Ford et d’autres constructeurs ont également éprouvé des difficultés à trouver leur public aux États-Unis.
Selon l’analyste automobile Felipe Munoz, le problème dépasse donc le seul cas de Tesla. Les consommateurs américains demeurent particulièrement attachés aux camionnettes traditionnelles, notamment pour leurs capacités de remorquage, leur autonomie et leur polyvalence.
L’électrification de ce segment représente un défi plus important que prévu, même auprès d’une clientèle généralement réceptive aux nouvelles technologies.
Le Cybercab devient la nouvelle priorité de Tesla
Si le Cybertruck perd progressivement sa place dans les priorités de Tesla, le Cybercab gagne en importance.
Ce véhicule autonome, reconnaissable à ses portes papillon, a été conçu sans volant, pédales ni rétroviseurs traditionnels. Il constitue l’un des piliers de la stratégie d’Elon Musk visant à transformer Tesla en entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle, la robotique et les transports autonomes, plutôt qu’en simple constructeur automobile.
Musk souhaite développer un réseau mondial de robotaxis utilisant le Cybercab comme véhicule principal.
Tesla a commencé à proposer des trajets payants avec une petite flotte de Cybercab à Austin, au Texas, en septembre dernier. Le projet demeure néanmoins confronté à plusieurs défis réglementaires et techniques.
L’agence américaine chargée de la sécurité routière, la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA), attend notamment des réponses de Tesla concernant l’autocertification du Cybercab et sa conformité aux normes fédérales de sécurité automobile.
L’absence de volant et de pédales impose évidemment des exigences particulières en matière d’homologation.
Une transition industrielle plutôt qu’un abandon confirmé?
La réduction de la production du Cybertruck vers la mi-2027 permettrait à Tesla de réaffecter une partie de ses installations d’Austin à la fabrication du Cybercab.
Il reste toutefois à déterminer si le Cybertruck sera complètement abandonné ou si sa production sera éventuellement transférée ailleurs. L’usine texane demeure actuellement la seule installation connue de Tesla équipée pour fabriquer ses composants spécialisés.
Wes Morrill, ingénieur en chef du Cybertruck, a pour sa part défendu le programme sur X, affirmant que le véhicule avait constitué une plateforme exceptionnelle de développement technologique et que ses innovations se poursuivraient à travers le Cybercab.
Tesla change de direction
Le possible retrait du Cybertruck illustre le changement de priorités de Tesla. Après avoir consacré des années à développer une camionnette électrique spectaculaire, mais commercialement décevante, l’entreprise semble désormais vouloir concentrer ses ressources sur les véhicules autonomes et la robotique.
Elon Musk avait promis 250 000 Cybertruck par année. Les ventes américaines de 2025 n’ont même pas atteint le dixième de cet objectif.
Le Cybertruck restera certainement un véhicule marquant dans l’histoire récente de l’automobile, mais davantage pour son design controversé et ses ambitions démesurées que pour son succès commercial.
Tesla regarde maintenant ailleurs. Et cette fois, Musk ne cherche plus seulement à vendre des voitures : il veut vendre des kilomètres sans conducteur.
Avec des renseignements de Reuters

