Le groupe Volkswagen va progressivement éliminé 50 % de ses modèles
On prévoit aussi 100 000 mises àpied
Le groupe Volkswagen s’apprête à lancer l’une des plus importantes restructurations de son histoire. Confronté à une baisse marquée de sa rentabilité, à la montée en puissance des constructeurs chinois et aux nouveaux tarifs douaniers américains, le géant allemand envisage de réduire considérablement sa gamme de véhicules, sa capacité de production et, possiblement, ses effectifs. Présenté le 9 juillet par le président-directeur général Oliver Blume au conseil de surveillance, le « Future Plan » vise à redonner de la compétitivité au premier constructeur européen dans un contexte où son modèle d’affaires est remis en question.
Une gamme de véhicules réduite de moitié
Volkswagen commercialise actuellement environ 150 modèles répartis entre ses nombreuses marques, dont Audi, Porsche, Skoda, Seat, Cupra, Bentley, Lamborghini et Volkswagen Véhicules utilitaires. Le groupe prévoit réduire progressivement cette offre jusqu’à 50 %, en concentrant ses investissements sur les modèles et les segments les plus rentables. Aucun calendrier précis ni aucune marque n’ont toutefois été identifiés comme prioritaires. L’objectif est également de simplifier l’offre. Volkswagen veut éliminer jusqu’à 75 % des combinaisons d’équipements disponibles, une mesure destinée à réduire les coûts de développement, de production et de logistique.
Une capacité de production en baisse
Volkswagen prévoit également diminuer sa capacité mondiale de production de 10 à 9 millions de véhicules par année. Cette décision reflète une réalité difficile : plusieurs usines allemandes tournent bien en dessous de leur capacité optimale en raison du ralentissement des ventes de véhicules électriques en Europe et de la concurrence féroce des fabricants chinois. Selon les données de Mobility Global citées par Reuters, les usines allemandes fonctionneraient à seulement 81 % de leur capacité en 2026, un taux qui pourrait tomber à 73 % avant la fin de la décennie.
Jusqu’à 100 000 emplois menacés
Selon plusieurs sources proches du dossier, Oliver Blume aurait proposé un plan beaucoup plus agressif que celui déjà annoncé. Celui-ci inclurait jusqu’à 100 000 suppressions de postes, la fermeture graduelle de quatre usines allemandes et un calendrier s’échelonnant jusqu’au milieu des années 2030. Les sites visés seraient Hanovre, Emden, Zwickauet Neckarsulm (Audi). Il s’agirait de la plus importante restructuration de l’histoire moderne du constructeur.
Les syndicats bloquent le projet
Le conseil de surveillance n’a toutefois pas entériné ces mesures. Selon Reuters, les représentants des employés, qui disposent d’un poids considérable au sein de la gouvernance de Volkswagen, ont rejeté le projet par un vote de 12 voix contre 7. Des centaines d’employés ont manifesté simultanément devant plusieurs installations du constructeur, tandis que le puissant syndicat IG Metall a dénoncé un plan qui pourrait provoquer un conflit social majeur. Daniela Cavallo, présidente du comité d’entreprise, affirme que les employés ne sont pas responsables de la crise actuelle et demande à la direction de mettre fin rapidement aux rumeurs entourant les fermetures d’usines.
Une entreprise prise entre la Chine et les États-Unis
Depuis 2021, la marge bénéficiaire de Volkswagen a été pratiquement divisée par deux. Le constructeur doit composer simultanément avec des coûts de production très élevés en Allemagne, des prix de l’énergie toujours importants, une réglementation européenne plus exigeante, les nouveaux tarifs américains sur les importations automobiles et l’offensive spectaculaire des constructeurs chinois sur le marché européen. Ces derniers disposent de coûts de fabrication beaucoup plus faibles et multiplient les offensives commerciales, obligeant Volkswagen à réduire ses prix tout en voyant ses marges s’éroder.
Les analystes demeurent sceptiques
La présentation du « Future Plan » n’a pas convaincu les marchés. Les analystes de Bloomberg Intelligence estiment que Volkswagen devra aller beaucoup plus loin pour retrouver sa compétitivité. Chez Bernstein, on critique un plan rempli de bonnes intentions, mais dépourvu de mesures concrètes et d’échéanciers précis. Patrick Hummel, analyste chez UBS, estime pour sa part que le constructeur risque d’agir beaucoup trop lentement alors qu’une guerre de prix avec les fabricants chinois semble désormais inévitable en Europe. Selon lui, Volkswagen n’aura d’autre choix que de réduire drastiquement ses coûts de production en Allemagne s’il veut préserver sa rentabilité.
Un défi politique pour l’Allemagne
Les difficultés de Volkswagen dépassent largement le cadre de l’entreprise. Le constructeur demeure un pilier industriel allemand et l’un des plus importants employeurs du pays. Une restructuration de cette ampleur représenterait un défi politique majeur pour le gouvernement du chancelier Friedrich Merz, déjà confronté à une croissance économique anémique et à une montée des partis d’opposition. L’avenir de Volkswagen est ainsi devenu un symbole des difficultés auxquelles fait face toute l’industrie automobile européenne dans sa transition vers une nouvelle réalité dominée par l’électrification, la concurrence chinoise et la pression constante sur les coûts.
Avec des renseignements de Reuters et Blommberg

