Batteries usagées : Trump ferme la porte aux exportations
Le gouvernement américain va interdire l’exportation des matériaux issus des batteries en fin de vie. Le département du Commerce veut garder au pays la masse noire et des débris de métaux critiques, comme le tungstène. Trump cherche à protéger ses approvisionnements en minéraux stratégiques. Pour le moment, le Canada sort grand perdant de cette situation.
Parce que le Canada, rappelons-le, n’a pas de grand recycleur de batteries au lithium ion, depuis la fermeture de Lithion au Québec et de Li-Cycle en Ontario. Ses vieilles batteries s’en vont aux États-Unis, et les métaux récupérés ne reviendront pas chez nous.
La «masse noire» qui constitue le cœur de cet enjeu industriel est une poudre sombre qui provient du broyage direct des batteries usagées de véhicules électriques. Elle est pleine de lithium, de nickel, de cobalt et de manganèse. Washington refuse que ces matériaux alimentent les usines étrangères, notamment celles de fabricants chinois.
On le sait, la Chine contrôle toujours le raffinage mondial de ces ressources essentielles aux véhicules électriques. Les États-Unis utilisent donc les contrôles d’exportation pour forcer la création d’une chaîne de valeur locale. Le décret s’applique pour une durée initiale d’un an.
Les volumes en jeu illustrent l’ampleur du problème. Selon le groupe Basel Action Network, les États-Unis exportent chaque mois près de 33 000 tonnes métriques de déchets électroniques et de débris. La récupération locale de ces ressources semble logique sur le papier. L’industrie du recyclage réclamait cette mesure depuis plusieurs années.
L’infrastructure américaine actuelle ne possède pas la capacité de traiter toute cette matière, cela dit. La filière traverse même une crise financière importante, comme ça a été le cas au Canada ces deux dernières années. L’enthousiasme des recycleurs reste donc très modéré.
Mais on sait que la demande pour des batteries va exploser dans les prochaines années. On sait aussi qu’on peut recycler entre 95 et 99 % des matériaux usés d’une vieille batterie. Les véhicules électriques en fin de vie donc une valeur étonnamment élevée. Pas mal plus que celle d’un véhicule à essence en fin de vie, qui n’a pas du tout la même valeur stratégique pour les recycleurs et l’industrie automobile.