Les créanciers d’Aston Martin s’impatientent
Les ennuis financiers d’Aston Martin prennent une nouvelle tournure. Des créanciers détenant la majorité des quelque 1,85 milliard de dollars américains en obligations de la marque britannique ont envoyé une mise en demeure à l’entreprise afin de tenter de bloquer une opération de financement qui pourrait, selon eux, affaiblir considérablement leur position. La lettre, envoyée le 20 juillet par des créanciers représentés par le cabinet d’avocats Quinn Emanuel Urquhart & Sullivan, donne à Aston Martin 48 heures pour confirmer qu’elle n’ira pas de l’avant avec une structure de financement controversée.
Une opération qui inquiète les détenteurs d’obligations
Aston Martin discute actuellement avec plusieurs fonds, dont HPS Investment Partners, une société détenue par BlackRock, afin d’obtenir du financement additionnel et de renforcer ses liquidités. Le montage envisagé pourrait être garanti par certains actifs d’Aston Martin qui seraient transférés dans une structure située hors de portée des créanciers actuels. Cette technique, connue sous le nom de « drop-down », est devenue une arme particulièrement sensible dans les restructurations financières d’entreprises lourdement endettées. Les créanciers craignent notamment que cette opération ne mette à l’abri certains actifs importants, dont la propriété intellectuelle d’Aston Martin. En clair, si la situation financière de l’entreprise continuait de se détériorer, les détenteurs actuels d’obligations pourraient se retrouver avec moins de garanties derrière leurs investissements. Selon des personnes au fait du dossier, la lettre soutient qu’une telle transaction pourrait contrevenir aux documents régissant les obligations, lesquels sont soumis au droit de l’État de New York.
Les créanciers proposent leur propre solution
La tension entre Aston Martin et ses créanciers ne date pas d’hier. Un groupe élargi de détenteurs d’obligations aurait déjà proposé d’injecter de nouveaux fonds dans l’entreprise et de discuter d’une solution plus globale à sa structure de capital. Selon les informations disponibles, Aston Martin n’aurait toutefois pas donné suite à cette proposition. Les créanciers ont donc décidé de resserrer les rangs. Ils ont signé cette semaine une entente de coopération les obligeant à agir de concert dans leurs discussions potentielles avec le constructeur. Le groupe détient plus de la moitié des obligations garanties d’Aston Martin arrivant à échéance en 2029. Parmi les créanciers figurent notamment Arini Capital Management, BlackRock et Sculptor Capital Management. Ils sont conseillés par Akin Gump et Jefferies Financial Group.
Le financement de HPS soulève aussi des questions
La lettre met également en lumière les risques potentiels d’une transaction avec HPS Investment Partners. La société est notamment actionnaire de l’équipe Aston Martin en Formule 1, ce qui pourrait soulever des questions liées aux transactions entre parties liées. Les créanciers ont donc prévenu qu’ils examineront attentivement toute entente conclue entre Aston Martin et HPS. Ils soutiennent par ailleurs que si le conseil d’administration choisissait d’aller de l’avant sans considérer leur propre proposition de financement, l’entreprise pourrait s’exposer à des risques juridiques en vertu du droit anglais.
Aston Martin confrontée à plusieurs vents contraires
Le constructeur britannique, basé à Gaydon, traverse une période particulièrement difficile. Les retards de lancement de produits, des problèmes de qualité, la faiblesse de la demande en Chine et les tarifs douaniers américains ont tous contribué à fragiliser ses résultats. Aston Martin a déjà dû compter sur l’aide financière de ses actionnaires. En avril, l’entreprise avait révélé que certains d’entre eux lui avaient accordé un prêt de 50 millions de livres sterling, soit environ 67 millions de dollars américains, afin de renforcer ses réserves de liquidités. Cette injection de capitaux a toutefois inquiété certains créanciers, qui craignent que l’entreprise puisse continuer à lever des fonds en utilisant la flexibilité de ses documents obligataires. Le risque, selon eux, est que de nouveaux prêteurs obtiennent de meilleures garanties ou une priorité de remboursement supérieure.
Lawrence Stroll demeure au cœur de l’actionnariat
Aston Martin appartient à un consortium d’investisseurs dirigé par l’homme d’affaires canadien Lawrence Stroll. Parmi les autres actionnaires importants figurent Li Shufu, fondateur de Geely, le Fonds d’investissement public de l’Arabie saoudite et Mercedes-Benz. La marque possède toujours une image extrêmement forte et des produits très désirables. Le problème, comme c’est souvent le cas dans l’industrie automobile de luxe, est que le prestige ne paie pas nécessairement les factures. Produire des voitures magnifiques coûte cher, surtout lorsqu’elles arrivent en retard, se vendent moins bien que prévu et doivent composer avec une montagne de dettes. Pour Aston Martin, les prochaines semaines pourraient donc être déterminantes. L’entreprise doit trouver de nouvelles liquidités, tout en évitant de déclencher une bataille juridique avec les créanciers qui financent déjà une partie importante de ses activités. Une situation qui prouve, une fois de plus, qu’il est parfois plus facile de concevoir une voiture de 800 chevaux que de gérer son bilan financier.
Avec des renseignements d’Automotive News

