L’usine Stellantis de Brampton va servir à la défense nationale
Les négociations entre Stellantis et Unifor ont officiellement achoppé après seulement dix jours de discussions. Au cœur du conflit : l’avenir de l’usine d’assemblage de Brampton, inactive depuis près de trois ans et dont Stellantis envisage maintenant la vente au fabricant canadien de véhicules blindés Roshel. Le syndicat a annoncé le 11 septembre qu’il mettait fin temporairement aux discussions, évoquant une « impasse » avec le constructeur. Quelques heures plus tard, Stellantis confirmait avoir signé un protocole d’entente — memorandum of understanding (MOU) avec Roshel, une étape qui pourrait mener à la vente de l’usine ontarienne.
Brampton au cœur du conflit
Les négociations entre Stellantis et Unifor avaient commencé le 1er septembre et concernaient plus de 9 000 employés du constructeur au Canada. Dès le départ, l’avenir de Brampton constituait l’un des principaux enjeux de la négociation. Environ 2 200 travailleurs de l’usine sont actuellement en mise à pied indéterminée. L’usine n’a pas produit de véhicule depuis décembre 2023. Stellantis avait initialement entrepris de la réoutiller afin d’y fabriquer le Jeep Compass de nouvelle génération, mais le constructeur a finalement annoncé en octobre 2025 que cette production serait transférée aux États-Unis. Depuis, l’avenir de l’immense complexe de Brampton est demeuré dans le brouillard. En août dernier, Stellantis avait prévenu Unifor qu’il envisageait sérieusement de vendre les installations.
Stellantis confirme l’entente avec Roshel
Stellantis Canada a confirmé le 11 septembre avoir conclu un protocole d’entente avec Roshel après avoir étudié « un certain nombre de possibilités » pour l’avenir du site. Selon Stellantis, Roshel représente une avenue permettant de remettre éventuellement l’usine en activité, de préserver son rôle dans le secteur canadien de la fabrication de pointe et d’éviter que les installations demeurent inutilisées pendant une période prolongée. Le constructeur n’a toutefois pas fourni de détails supplémentaires sur la nature exacte de la transaction, sa valeur ou le calendrier envisagé. Roshel n’est pas un nouveau venu dans le domaine de la fabrication automobile. L’entreprise, établie à Brampton, produit notamment des véhicules blindés et des véhicules destinés aux gouvernements, aux services d’urgence et à des clients commerciaux. Une vente à Roshel pourrait donc transformer radicalement la vocation du complexe : d’une usine destinée à produire des véhicules grand public de Stellantis, Brampton deviendrait potentiellement un important centre canadien de production de véhicules spécialisés et de défense.
Unifor refuse de tourner la page
Pour Unifor, la position de Stellantis sur la fermeture et la vente de Brampton a directement nui aux négociations. Le syndicat affirme également que l’absence d’engagement ferme concernant les futurs volumes de production à l’usine de Windsor constitue un autre obstacle important. Il refuse de conclure une convention collective qui ne comprendrait pas une solution jugée acceptable pour les travailleurs de Brampton. Unifor affirme donc qu’il évalue maintenant ses prochaines actions. Les négociations formelles avec Stellantis sont suspendues jusqu’à nouvel ordre.
Le contrat arrive à échéance le 20 septembre
Le moment est particulièrement délicat puisque la convention collective actuelle entre Stellantis et Unifor arrive à échéance le 20 septembre 2026. Le syndicat souhaitait également obtenir des gains comparables à ceux négociés récemment avec Ford et General Motors. Dans les deux cas, Unifor a obtenu des augmentations salariales de 3 % par année pendant trois ans, des primes de signature de 10 000 $, ainsi que des améliorations aux régimes de retraite et aux avantages sociaux. Ford et GM ont aussi réaffirmé leur engagement envers leurs activités manufacturières canadiennes en annonçant chacun plus de 1 milliard de dollars d’investissements, malgré les tensions commerciales persistantes entre le Canada et les États-Unis.Stellantis, pour sa part, arrive donc à la table avec un dossier beaucoup plus compliqué.
Une usine qui pourrait changer complètement de vocation
La situation de Brampton illustre à elle seule les bouleversements qui frappent actuellement l’industrie automobile canadienne. Unifor avait obtenu des engagements de Stellantis concernant la production du Jeep Compass et le maintien d’une activité industrielle à Brampton. Le syndicat soutient toujours que le déplacement du programme vers les États-Unis contrevient à la convention collective ainsi qu’à certains engagements associés au financement gouvernemental accordé au constructeur. De son côté, Stellantis semble maintenant privilégier une solution qui permettrait de conserver le site industriel en activité, mais pas nécessairement pour fabriquer des automobiles de tourisme. C’est toute la différence. Une usine automobile qui produit des dizaines de milliers de véhicules par année fait vivre un vaste réseau de fournisseurs, de transporteurs et de sous-traitants. Une usine de défense peut elle aussi générer des emplois hautement spécialisés, mais avec une structure industrielle et des volumes très différents. La question n’est donc plus seulement de savoir si Brampton rouvrira ses portes. Il faut maintenant se demander quel type d’usine le Canada veut conserver à cet endroit.
Une nouvelle bataille pour l’industrie automobile canadienne
En février dernier, le conseil municipal de Brampton avait d’ailleurs adopté à l’unanimité une motion visant à protéger la vocation automobile du terrain de Stellantis et à le réserver à l’assemblage automobile et aux activités manufacturières connexes. Une éventuelle vente à Roshel pourrait donc ouvrir un nouveau chapitre dans ce dossier, avec des questions importantes concernant le zonage, les engagements gouvernementaux, les emplois et la vocation industrielle du site. Pour Unifor, le dossier de Brampton demeure loin d’être réglé. Pour Stellantis, le protocole d’entente avec Roshel offre peut-être une porte de sortie à une usine qui n’a plus produit de véhicule depuis 2023. Et pour le Canada, le dossier représente un test important : est-il possible de préserver une capacité manufacturière stratégique lorsque la production automobile quitte une usine? À moins d’une spectaculaire volte-face dans les prochains jours, Brampton pourrait bientôt passer de l’assemblage de Jeep à la fabrication de véhicules destinés à la défense. Dans l’industrie automobile, c’est ce qu’on appelle changer de vitesse… sans nécessairement changer de terrain.
Avec des renseignements d’Automotive News

