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Ineos Grenadier 2026

Un peu de nostalgie à la sauce moderne


Le marché regorge déjà de VUS capables de transporter cinq personnes, de grimper un trottoir avec assurance et de vous conduire au chalet avec suffisamment de confort pour que vous ne sachiez plus si vous êtes en train de faire du hors route ou simplement de magasiner des meubles.  Mieux encore, il existe parce que son créateur, le milliardaire britannique Jim Ratcliffe, estimait qu’il manquait quelque chose au marché : un véritable véhicule utilitaire tout-terrain, conçu d’abord pour travailler et sortir des sentiers battus, plutôt que pour impressionner devant le Starbucks. Le projet est né après la disparition annoncée du Land Rover Defender traditionnel. Ratcliffe voulait un véhicule qui reprenne cette philosophie : châssis séparé, essieux rigides, boîte de transfert, différentiels verrouillables et robustesse mécanique. Le résultat a pris le nom de Grenadier, en référence au pub londonien où Ratcliffe et ses associés auraient imaginé le projet. Lancé commercialement en 2023 et arrivé à Vancouver pour le millésime 2024, le Grenadier demeure arrive tout juste au Québec

Un design qui ne cherche pas à plaire à tout le monde

Le Grenadier ne ressemble à rien d’autre. Son dessin est carré, vertical, fonctionnel et volontairement dépourvu de fioritures. Les ailes sont proéminentes, les porte-à-faux courts et les surfaces vitrées généreuses. Les charnières, les poignées, les rails et les éléments de protection semblent avoir été dessinés par quelqu’un qui considère qu’une pièce automobile doit pouvoir être réparée avec une clé de 13 mm. Ineos ne cherche surtout pas à faire passer son véhicule pour un VUS urbain. La carrosserie repose sur un robuste châssis échelle. Les essieux rigides favorisent les capacités hors route et la garde au sol atteint un niveau qui permet de s’attaquer à des terrains où la majorité des VUS préfèrent soudainement faire demi-tour. Même les portes arrière asymétriques ont une raison d’être : faciliter l’accès à l’espace de chargement et permettre l’installation d’équipements. Chez Ineos, le mot « pratique » n’est donc pas synonyme de porte-gobelets.

Une cabine qui mélange 1985 et 2026

À bord, le contraste est savoureux. Devant le conducteur, pas de gigantesque écran numérique façon salle de jeux vidéo. Une bonne partie des commandes est regroupée sur la console centrale et, surtout, dans un imposant panneau de commandes placé au pavillon. On y retrouve une impressionnante série d’interrupteurs et de commandes physiques. Cela donne au Grenadier une ambiance presque militaire. On imagine facilement le copilote demander : « Quelle commande dois-je utiliser pour activer le treuil? » plutôt que « Dis Siri, trouve-moi le bouton du mode boue ». L’écran tactile central de 12,3 pouces s’occupe néanmoins de la partie moderne. Il affiche la navigation, les fonctions multimédias, les informations du véhicule et les paramètres hors route. Apple CarPlay et Android Auto sans fil sont également disponibles. Le système peut même afficher les angles d’inclinaison du véhicule, la pression des pneus et différents paramètres destinés à ceux qui envisagent réellement de mettre les quatre roues dans la boue. L’interface n’est donc pas seulement décorative. Elle est conçue pour accompagner un véhicule qui peut réellement sortir des sentiers battus.

Une position de conduite… particulière

Les sièges avant sont confortables, mais la position de conduite demande une certaine adaptation. Le Grenadier est haut et très vertical. Le capot est visible devant soi, les montants sont relativement imposants et l’impression générale est celle d’un véhicule construit autour de ses capacités plutôt qu’autour de l’aérodynamisme. C’est logique. Avec 4 855 mm de longueur, 1 930 mm de largeur et environ 2 050 mm de hauteur, le Grenadier est un engin imposant. Son empattement de 2 922 mm contribue à libérer de l’espace dans l’habitacle. À l’arrière, l’espace est généreux. Avec environ 1 001 mm de dégagement pour la tête et 774 mm pour les jambes, deux adultes de six pieds peuvent prendre place sans devoir négocier avec les sièges avant. Le coffre offre environ 1 150 litres derrière la deuxième rangée et jusqu’à 2 035 litres lorsque les dossiers sont rabattus. Voilà qui confirme sa vocation utilitaire.

Le BMW six cylindres : la bonne décision

Sous le capot se trouve probablement l’une des meilleures décisions techniques prises par Ineos : le six cylindres en ligne turbo de 3,0 litres fourni par BMW. Il développe environ 282 chevaux et 332 lb-pi de couple. Le moteur est associé à une boîte automatique ZF à huit rapports. Cette combinaison est douce, rapide et éprouvée. Elle constitue probablement l’élément le plus sophistiqué du Grenadier. L’accélération de 0 à 100 km/h demande environ 8,8 secondes. Ce n’est pas exactement une performance digne d’une voiture sport, mais ce n’est pas l’objectif. Le Grenadier préfère grimper une pente à 35 degrés plutôt que de gagner une course de feux rouges. Et, dans ce contexte, le moteur est parfaitement adapté. Le couple arrive tôt et permet de déplacer les quelque 2 600 kg du véhicule avec une facilité rassurante.

La transmission intégrale

C’est ici que le Grenadier se distingue réellement. La boîte de transfert offre un rapport court de 2,5:1, tandis que le véhicule peut recevoir trois différentiels verrouillables : central, avant et arrière. Et lorsque les trois sont verrouillés, le Grenadier devient effectivement une sorte de chèvre de montagne motorisée. Le principe est simple : lorsque les roues commencent à perdre de l’adhérence, les différentiels verrouillables permettent de continuer à transmettre le couple là où il est nécessaire. Dans la boue, la neige profonde, les rochers ou les montées particulièrement techniques, le Grenadier possède des capacités que la grande majorité des VUS de luxe à 100 000 $ ne peuvent même pas envisager. Et c’est là que son prix commence à prendre un certain sens.

Sur la route

La direction utilise une technologie que la plupart des constructeurs ont abandonnée depuis longtemps : la direction à recirculation de billes. Sur une piste forestière, c’est parfaitement adapté. Sur l’autoroute, c’est autre chose. La direction est moins précise et moins directe que celle d’un VUS moderne. Le conducteur doit parfois effectuer de petites corrections pour maintenir une trajectoire parfaite. Ce n’est pas dangereux. C’est simplement… différent. Le Grenadier vous rappelle constamment qu’il n’est pas un BMW X5 déguisé. La suspension, elle aussi, privilégie le débattement et la robustesse. Sur une route dégradée, le véhicule absorbe relativement bien les grosses imperfections, mais les mouvements de caisse sont perceptibles. Dans les virages, il ne faut pas chercher les limites. Le centre de gravité est élevé et le Grenadier préfère nettement une conduite coulée à une attaque de route de montagne. Bref, si vous aimez conduire sportivement, choisissez autre chose. Si vous devez traverser une rivière pour vous rendre au chalet, vous commencez à comprendre.

Confort

Le confort n’est pas mauvais, mais il faut comprendre la philosophie. Le Grenadier est plus confortable sur une route dégradée à vitesse raisonnable que sur une autoroute à haute vitesse. Les pneus et la suspension sont conçus pour supporter des conditions difficiles. Sur le bitume, le bruit de roulement est perceptible et l’aérodynamisme d’une armoire normande ne favorise pas exactement le silence. Mais encore une fois, ce véhicule n’a pas été conçu pour vous faire croire que vous êtes dans un salon roulant. Il a été conçu pour vous amener là où le salon roulant ne peut plus aller.

Une consommation qui fait pleurer le portefeuille

Ici, aucune magie. Le six cylindres turbo, le poids, les pneus, la hauteur et l’aérodynamisme ne forment pas exactement une équipe spécialisée dans les économies de carburant. Ineos annonce environ 16,0 L/100 km en ville et 15,4 L/100 km sur route, pour une moyenne autour de 15,7 L/100 km selon les données fournies. Le réservoir de 90 litres permet néanmoins de conserver une autonomie respectable entre deux arrêts. Mais avec de l’essence super, le coût d’utilisation peut devenir important. Une facture annuelle de carburant autour de 5 500 $ n’est pas irréaliste selon le kilométrage et le prix de l’essence. Le Grenadier n’est donc pas un véhicule destiné à ceux qui surveillent chaque cent. Il est plutôt destiné à ceux qui considèrent que la capacité hors route vaut quelques visites supplémentaires à la station-service. Le Grenadier peut remorquer jusqu’à 3 500 kg, ce qui le place dans une catégorie intéressante pour les propriétaires de bateaux, de remorques et d’équipements lourds. Son couple abondant, sa transmission intégrale et ses capacités mécaniques en font un outil beaucoup plus sérieux que la plupart des VUS de luxe. Il faut toutefois garder en tête que remorquer 3 500 kg avec un véhicule de ce gabarit et de ce poids demande une conduite adaptée.

Sécurité

Le Grenadier demeure relativement jeune et les données indépendantes de sécurité et de fiabilité sont encore limitées. Les organismes américains IIHS et NHTSA n’ont pas encore publié d’évaluation complète du modèle. Cela ne signifie évidemment pas que le Grenadier est dangereux. Cela signifie simplement que nous manquons encore de recul pour le comparer objectivement aux véhicules établis depuis plusieurs années. Même constat pour la fiabilité prédictive : il n’y a pas encore suffisamment de données à long terme pour porter un jugement définitif.

Les prix

Le Grenadier commence à 96 695 $ au Canada et peut atteindre 106 995 $, auxquels il faut ajouter environ 2 000 $ de transport et préparation. La gamme comprend quatre configurations, avec notamment les versions Trialmaster, Fieldmaster et Black Edition. À ce niveau de prix, la concurrence est féroce. On retrouve des véhicules comme le Jeep Wrangler, le Ford Bronco, le Land Rover Defender, le Toyota Land Cruiser et le Mercedes-Benz Classe G. Mais la comparaison avec le Classe G est révélatrice. Le Mercedes offre davantage de luxe, de puissance et de prestige. Le Grenadier, lui, vous donne davantage l’impression que vous pourriez démonter une portière avec une clé anglaise au milieu de la forêt. Et il y a quelque chose d’attachant là-dedans. Le Grenadier est un véhicule spécialisé. Il est conçu pour ceux qui ont réellement besoin de capacités hors route exceptionnelles, d’une construction robuste et d’un véhicule capable de travailler. Pour le propriétaire moyen qui fait 95 % de ses déplacements sur l’autoroute et 5 % sur un chemin de gravier, un Toyota 4Runner, un Land Cruiser, un Defender ou même un Bronco sera probablement plus facile à vivre. Mais pour celui qui possède une terre, travaille en région éloignée, pratique sérieusement le hors route ou veut simplement un véhicule différent de tout ce qui se trouve dans le stationnement du centre commercial, le Grenadier devient beaucoup plus intéressant. Il a aussi une qualité devenue rare dans l’industrie : il a une personnalité. Aujourd’hui, beaucoup de VUS se ressemblent, roulent de la même façon et utilisent des écrans de plus en plus grands pour vous expliquer pourquoi ils viennent de couper automatiquement le moteur. Le Grenadier, lui, possède trois leviers, une multitude d’interrupteurs et suffisamment de métal pour vous rappeler qu’une automobile peut encore être conçue comme un outil.

Forces

  • Capacités hors route exceptionnelles.
  • Châssis robuste
  • Essieux rigides et boîte de transfert avec gamme courte.
  • Différentiels verrouillables disponibles à l’avant, au centre et à l’arrière.
  • Excellent six cylindres en ligne turbo BMW.
  • Boîte automatique ZF à huit rapports douce et efficace.
  • Très bonne capacité de remorquage.

Faiblesses

  • Prix élevé.
  • Consommation de carburant importante.
  • Direction peu précise sur la route.
  • Confort et comportement routier moins raffinés que ceux de plusieurs rivaux.
  • Bruit aérodynamique et de roulement perceptible.
  • Poids élevé.

Conclusion

Le Ineos Grenadier 2026 est une anomalie automobile. Et c’est précisément pour cette raison qu’il mérite notre attention. Il coûte plus de 100 000 $, consomme comme un VUS d’une autre époque, possède une direction qui semble avoir été dessinée avant l’arrivée de l’Internet et vous demande de vous familiariser avec suffisamment d’interrupteurs pour donner l’impression de piloter un petit avion. Et pourtant, il fonctionne. Il fonctionne même très bien lorsqu’on lui demande ce pour quoi il a été conçu. Le Grenadier n’est pas le meilleur VUS de luxe. Ce n’est pas le meilleur véhicule familial. Ce n’est certainement pas le plus économique et il n’est pas le plus agréable sur l’autoroute. Mais si votre définition de « VUS » inclut la possibilité de traverser une rivière, escalader un sentier rocailleux, remorquer 3 500 kg et rentrer à la maison couvert de boue sans avoir peur de rayer le tableau de bord, le Grenadier devient soudainement très difficile à remplacer.

 

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