Un première grève générale en 10 ans chez hyundai
Le syndicat de Hyundai a déclenché vendredi sa première grève générale en dix ans, après l’échec des négociations salariales avec la direction. Environ 40 000 travailleurs de Hyundai doivent participer au débrayage, alors que le syndicat réclame notamment une hausse de l’âge obligatoire de la retraite et des garanties d’emploi face à l’intelligence artificielle et à l’automatisation. La journée de grève constitue un nouvel épisode de tension sociale en Corée du Sud, alors que l’industrie automobile accélère sa transformation technologique.
Une première grève générale depuis une décennie
Des employés de Hyundai, de sa filiale Kia et de plusieurs fournisseurs se sont rassemblés devant le siège de Hyundai à Séoul, vêtus de bandeaux rouges et scandant leurs revendications. Selon le syndicat, entre 1 200 et 1 300 représentants syndicaux devaient participer au rassemblement dans la capitale. Des membres d’autres syndicats ont également rejoint la manifestation, portant la participation totale à environ 3 000 personnes. Le débrayage de vendredi intervient après plusieurs grèves partielles déclenchées depuis la fin juillet. Ces mouvements ont déjà perturbé la production d’environ 55 200 véhicules, pour une valeur estimée à plus de 2,3 billions de wons, soit environ 1,67 milliard $ US.
La retraite à 60 ans au cœur du conflit
L’une des principales revendications concerne l’âge obligatoire de la retraite. Les travailleurs souhaitent repousser la limite actuellement fixée à 60 ans. Cette demande rejoint d’ailleurs l’une des promesses du président sud-coréen Lee Jae Myung, qui souhaite progressivement relever l’âge de la retraite alors que le pays fait partie des sociétés vieillissant le plus rapidement au monde. Le syndicat estime notamment que les employés qui ont contribué pendant plusieurs décennies au succès de Hyundai et de Kia ne devraient pas être écartés du personnel permanent pour être ensuite réembauchés sous des contrats moins avantageux. « Les principales personnes qui ont fait de Hyundai et Kia les entreprises les plus fortes au monde pendant 35 ou 40 ans sont maintenant poussées vers des postes contractuels », a déclaré le dirigeant syndical Lee Jong Cheol lors du rassemblement.
Une hausse des primes réclamée
Les revendications syndicales ne concernent pas uniquement la retraite. Le syndicat réclame également une augmentation des primes, qui passeraient de 750 à 800 % du salaire mensuel de base. Il demande aussi des garanties concernant le maintien des emplois alors que Hyundai accélère l’utilisation de l’intelligence artificielle et de l’automatisation dans ses usines. Et c’est probablement là que se trouve le véritable sujet de fond.
Les robots humanoïdes inquiètent les travailleurs
Hyundai est particulièrement avancé dans le domaine de la robotique depuis l’acquisition de entity[“company”,“Boston Dynamics”,“robotics company”]. Le constructeur prévoit notamment commencer à déployer des robots humanoïdes dans son usine de Géorgie, aux États-Unis, à partir de 2028. L’objectif est ensuite d’étendre leur utilisation à d’autres installations de production du groupe. Pour les syndicats, l’arrivée de l’IA et des robots ne menace pas uniquement les emplois directement associés aux chaînes de montage. Les travailleurs craignent également que les postes de recherche, de développement et d’ingénierie soient progressivement touchés.
Hyundai face à une transformation industrielle majeure
La situation illustre un paradoxe auquel sont confrontés tous les grands constructeurs automobiles. D’un côté, l’automatisation et l’intelligence artificielle permettent d’augmenter la productivité, de réduire certains coûts et d’améliorer la qualité. De l’autre, chaque nouvelle technologie capable de remplacer une tâche humaine soulève inévitablement la question de l’emploi. Hyundai possède également des installations de production en République tchèque, tandis que Kia exploite notamment une usine en Slovaquie. La question de l’automatisation dépasse donc largement les frontières de la Corée du Sud.
Les négociations restent possibles
Le syndicat Hyundai affirme être prêt à reprendre les discussions salariales, mais prévient qu’il pourrait prolonger les mouvements de grève si la direction ne présente pas de propositions jugées suffisamment ambitieuses. Selon le porte-parole syndical Kim Jin-wook, les deux parties restent notamment très éloignées sur l’âge de la retraite et les primes. De son côté, Hyundai affirme vouloir continuer à privilégier le dialogue. Le constructeur rappelle toutefois que les grèves peuvent avoir des conséquences sur les clients, les fournisseurs et les opérations de production. Hyundai estime que les deux parties doivent travailler ensemble alors que l’industrie automobile traverse une transformation majeure vers ce que le constructeur appelle la mobilité du futur.
Une grève qui tombe au mauvais moment
Le conflit social survient alors que Hyundai doit déjà composer avec plusieurs défis commerciaux. Le constructeur a annoncé en juillet qu’il s’attendait à ne pas atteindre son objectif de ventes mondiales pour l’année, notamment en raison de la concurrence croissante des constructeurs chinois en Europe et du recul des ventes sur son marché domestique. Une prolongation du conflit social pourrait donc compliquer davantage les opérations de Hyundai au moment où le constructeur doit accélérer ses investissements dans les véhicules électriques, les logiciels, l’intelligence artificielle et la robotique. La prochaine bataille ne se déroulera peut-être plus uniquement autour des salaires et de l’âge de la retraite. Elle pourrait également déterminer combien d’humains seront encore nécessaires pour construire les Hyundai et Kia de demain.
Avec des renseignements d’Automotive News

