La Chine à la conquête du marché automobile Mexicain
Les constructeurs automobiles chinois pourraient commencer à fabriquer des véhicules au Mexique d’ici deux à trois ans, intensifiant la pression sur les constructeurs traditionnels en Amérique du Nord. Christian Meunier, président de Nissan pour les Amériques et ancien président de Nissan canada, estime que cette arrivée obligera les fabricants établis à réduire rapidement leurs coûts pour demeurer concurrentiels. Nissan prépare déjà sa riposte en révisant ses méthodes de développement des véhicules et sa structure de coûts. Selon le dirigeant, les constructeurs chinois ne devraient toutefois pas accéder au marché américain avant au moins cinq ans.
Le Mexique, prochaine porte d’entrée des constructeurs chinois
Les constructeurs chinois, dont BYD, Chery, Geely et Leapmotor, cherchent à accélérer leur croissance sur les marchés internationaux. Le Mexique représente une porte d’entrée stratégique vers l’Amérique du Nord, mais aussi un marché important en soi. L’établissement d’usines locales permettrait à ces entreprises de réduire leurs coûts logistiques et de contourner certains obstacles tarifaires. Les importations de véhicules chinois au Mexique sont actuellement frappées d’un droit de douane de 50 %. La production sur place pourrait ainsi modifier considérablement l’équilibre concurrentiel, notamment si les nouveaux venus conservent leur avantage en matière de coûts tout en bénéficiant d’une fabrication locale.
Nissan reconnaît un retard dans la réduction des coûts
Christian Meunier estime que plusieurs constructeurs occidentaux et japonais n’ont pas été suffisamment agressifs dans leurs efforts pour réduire les coûts de production. Nissan dispose d’une chaîne d’approvisionnement solide et de coûts qu’il juge raisonnables, mais cela ne suffit pas, selon lui, pour affronter directement des entreprises comme BYD. L’enjeu dépasse le simple prix de vente. Les constructeurs chinois ont développé des méthodes de conception et de développement qui leur permettent de commercialiser rapidement de nouveaux modèles, notamment électriques et hybrides rechargeables. Leur maîtrise des batteries et des technologies électrifiées contribue également à leur positionnement sur plusieurs marchés. Pour Nissan, la réponse passe donc par une réorganisation industrielle, une réduction des dépenses et une accélération du développement de ses produits.
Les États-Unis restent un marché difficile d’accès
Malgré les inquiétudes exprimées par l’industrie, Nissan ne prévoit pas une arrivée imminente des marques chinoises aux États-Unis. Meunier estime qu’il faudra attendre au moins cinq ans avant que cette éventualité se concrétise. Il souligne l’opposition d’une grande partie de l’industrie automobile américaine à l’entrée de véhicules chinois vendus à des prix particulièrement bas. « Certains parlent de dumping. C’est très compliqué pour un constructeur de rivaliser avec un gouvernement, ce qui est essentiellement la situation », a-t-il affirmé, faisant référence au soutien public dont bénéficient certaines entreprises chinoises. Cette préoccupation n’est pas propre à Nissan. Plus tôt en septembre, José Muñoz, chef de la direction de Hyundai Motor, avait lui aussi mis en garde contre le risque de voir les importations chinoises bouleverser le marché américain, comme elles l’ont fait dans certaines régions d’Europe. Aux États-Unis, les discussions politiques comprennent également une initiative bipartisane visant à interdire durablement les véhicules chinois sur le marché américain. Parallèlement, le président Donald Trump a exprimé une ouverture à la possibilité qu’un constructeur chinois produise des véhicules directement aux États-Unis. Ces positions illustrent les tensions entre la volonté de protéger l’industrie locale et la possibilité d’attirer des investissements manufacturiers étrangers.
Le Canada aussi dans la mire
Le Canada pourrait également être concerné par cette stratégie d’implantation régionale. Une usine canadienne ou mexicaine pourrait, en théorie, servir de base de production pour approvisionner différents marchés nord-américains, sous réserve des règles commerciales applicables et de l’origine des véhicules et de leurs composants. Plusieurs marques chinoises étudient les possibilités de croissance au Canada, alors que le marché demeure convoité par les fabricants qui cherchent à élargir leur présence internationale. General Motors et ses partenaires chinois discuteraient par ailleurs de la fabrication de véhicules de marque Wuling au Mexique. Un tel projet constituerait une étape importante pour la production automobile soutenue par des entreprises chinoises en Amérique du Nord. Il faut toutefois distinguer les projets envisagés des installations réellement opérationnelles : au moment des déclarations de Meunier, les constructeurs chinois n’avaient pas encore commencé à produire leurs propres véhicules au Mexique ou au Canada. Pour les constructeurs traditionnels, la question est désormais de savoir à quelle vitesse ces projets pourront se concrétiser et quelles conséquences ils auront sur les prix, les parts de marché et les investissements industriels.
Nissan utilise aussi la Chine pour concurrencer les marques chinoises
La stratégie de Nissan comporte un élément paradoxal : l’entreprise compte également tirer parti de la capacité de production et du savoir-faire technologique de ses installations chinoises. Le constructeur souhaite mieux utiliser les capacités disponibles dans ses coentreprises en Chine et profiter de l’expertise locale dans les véhicules électrifiés. Il prévoit ainsi d’exporter certains modèles vers l’Amérique latine, où les marques chinoises gagnent rapidement du terrain. Le Nissan Frontier Pro, une camionnette développée et fabriquée en Chine, fait son entrée au Mexique. D’autres marchés latino-américains doivent suivre en 2026 et en 2027. Nissan prévoit également exporter sa berline électrique N7, elle aussi fabriquée en Chine, vers cette région. L’objectif est de proposer des produits capables de rivaliser avec les véhicules chinois sur leur propre terrain, notamment en matière de prix et de technologies. « Nous profitons de l’occasion pour utiliser un produit développé en Chine afin de concurrencer les constructeurs chinois en Amérique latine », a expliqué Meunier, évoquant la rapidité de leur progression.
Une nouvelle bataille industrielle en Amérique du Nord
L’éventuelle implantation de constructeurs chinois au Mexique pourrait redessiner les stratégies industrielles du secteur automobile nord-américain. Les droits de douane, les règles d’origine, les investissements locaux et les décisions politiques détermineront en grande partie la manière dont ces entreprises pourront accéder aux marchés régionaux. Pour Nissan et ses concurrents, le défi consiste à se préparer avant que la pression sur les prix ne devienne plus importante. Une fois les nouvelles usines opérationnelles, les constructeurs établis pourraient avoir moins de marge de manœuvre pour ajuster leurs structures de coûts. La prochaine bataille automobile nord-américaine ne se jouera donc pas uniquement sur les technologies ou les motorisations. Elle se jouera aussi sur la rapidité de développement, l’efficacité des chaînes d’approvisionnement et la capacité de fabriquer des véhicules à des prix que les consommateurs sont prêts à payer.
Avec des renseignements d’Automotive News

