Une dette de 7 milliards à effacer pour Vinfast
Une restructuration qui soulève des questions
Le constructeur vietnamien de véhicules électriques VinFast tente un virage majeur pour alléger ses finances. Après des années d’expansion agressive et des milliards de dollars engloutis dans son développement mondial, l’entreprise veut maintenant transférer près de 7 milliards $ US de dettes hors de son bilan grâce à une transaction complexe impliquant plusieurs sociétés liées à sa maison mère Vingroup. L’annonce, dévoilée la semaine dernière, suscite déjà des interrogations chez plusieurs analystes financiers qui y voient autant une manœuvre stratégique qu’un possible signal d’alarme sur le plan de la gouvernance.
VinFast vend ses usines vietnamiennes
Selon les documents réglementaires déposés par l’entreprise, VinFast cédera ses principales installations de production au Vietnam pour environ 13,3 billions de dôngs vietnamiens, soit près de 506 millions $ US. Les nouveaux acquéreurs reprendront également environ 6,9 milliards $ US de dettes associées aux activités manufacturières. Une fois l’opération complétée, VinFast affirme qu’elle deviendra pratiquement sans dette et adoptera un modèle plus léger centré sur la recherche, le développement et les logiciels plutôt que sur la fabrication. Le constructeur conserve toutefois ses usines d’assemblage en Inde et en Indonésie ainsi que les brevets liés à sa nouvelle génération de véhicules électriques.
Une stratégie logique… mais opaque
Sur le plan purement financier, plusieurs experts reconnaissent que la stratégie possède une certaine logique. VinFast accumule les pertes depuis sa création en 2017 et n’a toujours jamais dégagé de profits. Rien qu’en 2025, les pertes ont atteint près de 3,9 milliards $ US. Dans un contexte où les coûts industriels explosent et où la guerre des prix fait rage dans le secteur électrique, externaliser la production peut permettre à un constructeur de petite taille de concentrer ses ressources sur les technologies, les logiciels et le développement produit. Mais le problème vient surtout de la structure de la transaction.
Des investisseurs liés à Vingroup
L’un des principaux acheteurs est la société FIRD, une entreprise autrefois détenue par Vingroup et par le milliardaire Pham Nhat Vuong lui-même. FIRD possède notamment plusieurs brevets liés à la première génération de véhicules électriques VinFast. Or, cette entreprise est maintenant contrôlée par l’homme d’affaires immobilier Nguyen Hoai Nam, également administrateur chez Vincom Retail, ancienne division immobilière de Vingroup. Cette proximité entre les différentes entités alimente les inquiétudes concernant les liens internes et la transparence de l’opération. Plusieurs analystes soulignent qu’il devient difficile de distinguer clairement où se termine Vingroup et où commencent les investisseurs dits « indépendants ».
Une transaction à plusieurs étapes
Le montage financier ajoute aussi à la confusion. Dans un premier temps, les actifs manufacturiers seront transférés à trois acheteurs distincts avant d’être redistribués quelques mois plus tard. À terme, FIRD contrôlera plus de 95 % des installations tandis que Pham Nhat Vuong conservera une participation minoritaire inférieure à 5 %. Une troisième société nommée Ngoc Quy Investment participera temporairement à la transaction avant de disparaître complètement de la structure finale. Cette présence éphémère soulève elle aussi des questions chez certains observateurs.
Foxconn revient dans le portrait
L’entente permet également aux nouveaux propriétaires d’utiliser les usines VinFast pour fabriquer des véhicules ou des batteries pour des tiers. Cette clause relance naturellement les spéculations autour de Foxconn, qui avait déjà approché Vingroup en 2021 afin de discuter des chaînes de production de VinFast. Même si Vingroup affirme qu’aucune vente à Foxconn ou à un autre manufacturier n’est envisagée actuellement, plusieurs analystes croient qu’un partenariat industriel pourrait éventuellement émerger derrière cette restructuration. Foxconn cherche depuis plusieurs années à étendre sa présence dans l’univers des véhicules électriques, avec des résultats mitigés jusqu’ici.
Une pression énorme sur VinFast
Malgré une présence médiatique importante et des ambitions mondiales très agressives, VinFast demeure sous forte pression financière. Le constructeur a multiplié les lancements rapides, les ouvertures de marchés et les investissements massifs en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, mais les volumes de ventes restent encore modestes face aux géants chinois et américains. Depuis l’annonce de la transaction le 12 mai, l’action de VinFast a perdu environ 12 % à la Bourse Nasdaq. Pour plusieurs investisseurs, cette restructuration ressemble autant à une tentative de survie financière qu’à une transformation stratégique.
Avec des renseignements de Reuters

