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BYD s’est informé sur l’achat de l’usine Stellantis de Brampton

Le constructeur chinois aurait envisagé d’y produire des autobus


BYD s’est informé sur l’achat de l’usine Stellantis de Brampton

Le constructeur automobile chinois BYD aurait manifesté son intérêt pour l’usine d’assemblage Stellantis de Brampton, en Ontario, actuellement inactive. Selon le maire de Brampton, Patrick Brown, l’entreprise aurait communiqué avec son bureau il y a environ six mois afin de discuter de la possibilité d’utiliser l’immense complexe industriel pour y fabriquer des autobus. Cette révélation survient alors que l’avenir de l’usine, qui n’a produit aucun véhicule depuis la fin de 2023, demeure particulièrement incertain. Les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis et l’absence d’un nouveau produit destiné à Brampton compliquent sérieusement toute perspective de relance sous la bannière Stellantis.

Une usine paralysée depuis la fin de 2023

L’usine de Brampton, qui a longtemps produit notamment les Chrysler 300, Dodge Charger et Dodge Challenger, devait être transformée pour accueillir la production de la prochaine génération du Jeep Compass. Mais Stellantis a suspendu ce projet dans le contexte de la nouvelle politique américaine sur les droits de douane appliqués aux véhicules importés. Pour Patrick Brown, le problème dépasse largement la seule situation de Brampton. « Stellantis m’a dit que tant qu’il y aura des tarifs sur les automobiles, il n’y aura pas de modèle d’affaires viable pour les emplois automobiles au Canada », a déclaré le maire. Selon lui, peu importe que les droits de douane soient de 8 %, 25 %, 50 % ou davantage, l’incertitude commerciale rend extrêmement difficile la justification d’une production automobile canadienne destinée principalement au marché américain. La réalité est particulièrement préoccupante puisque la grande majorité des véhicules assemblés au Canada sont traditionnellement exportés vers les États-Unis.

BYD, mais aussi Leapmotor et d’autres entreprises

BYD ne serait pas la seule entreprise à avoir manifesté son intérêt pour le site. Patrick Brown affirme avoir également reçu des approches de Leapmotor International, la coentreprise regroupant le constructeur chinois Leapmotor et Stellantis, ainsi que d’un constructeur automobile italien dont l’identité n’a pas été dévoilée. L’intérêt de Leapmotor est particulièrement intéressant puisque Stellantis possède déjà une participation importante dans l’entreprise chinoise et commercialise ses véhicules sur plusieurs marchés internationaux par l’intermédiaire de Leapmotor International. Des discussions concernant une éventuelle production de véhicules électriques Leapmotor au Canada avaient déjà été évoquées plus tôt cette année. Stellantis, de son côté, n’a pas confirmé ces informations. « Notre priorité demeure de trouver une solution de fabrication durable pour Brampton Assembly », a indiqué une porte-parole de l’entreprise.

BYD connaît déjà le marché canadien

L’intérêt potentiel de BYD pour Brampton ne serait pas complètement surprenant. Le géant chinois possède déjà une certaine expérience manufacturière au Canada. L’entreprise a notamment produit des autobus électriques dans la région de Toronto par le passé. BYD ne fabrique toutefois actuellement aucune voiture ou camion destiné aux consommateurs au Canada ou aux États-Unis. Une production d’autobus à Brampton pourrait donc représenter une façon pour le constructeur chinois de revenir dans le secteur manufacturier canadien sans nécessairement se lancer immédiatement dans la production de véhicules de promenade destinés au marché nord-américain.

Ottawa ouvre la porte à de nouveaux investissements chinois

Le contexte politique canadien pourrait également jouer un rôle dans cette équation. En janvier, le gouvernement du premier ministre Mark Carney a conclu une entente réduisant les droits de douane sur certains véhicules électriques chinois. Le gouvernement fédéral a alors présenté cette décision comme une réponse aux mesures protectionnistes américaines et a clairement indiqué vouloir attirer de nouveaux investissements industriels au Canada, notamment par l’intermédiaire de coentreprises et de nouveaux projets manufacturiers. L’idée est simple : si le marché automobile nord-américain devient plus difficile d’accès en raison des barrières commerciales américaines, Ottawa veut éviter que le Canada se retrouve uniquement comme dommage collatéral de cette guerre tarifaire.

Roshel et Dominion Dynamics également intéressées

Le site de Brampton pourrait aussi connaître une seconde vie loin de l’automobile traditionnelle. Selon Patrick Brown, l’entreprise canadienne Roshel aurait manifesté son intérêt pour l’usine afin d’y fabriquer des véhicules blindés légers. Dominion Dynamics aurait pour sa part étudié la possibilité d’utiliser les installations pour la fabrication de drones. Ces entreprises auraient notamment souligné que certaines infrastructures et certains équipements déjà présents à Brampton pourraient faciliter une transition vers une nouvelle activité industrielle. Pour une usine automobile, cette capacité d’adaptation pourrait devenir son principal avantage. Une usine de plusieurs décennies possède peut-être encore une valeur stratégique considérable, même si elle ne produit plus de Charger ou de Jeep.

Quel avenir pour les 3 000 travailleurs?

La question centrale demeure toutefois celle des travailleurs. Environ 3 000 personnes étaient associées à l’usine Stellantis de Brampton avant son arrêt, et le maire souhaite qu’une éventuelle reprise des installations permette d’en réembaucher une partie. Patrick Brown affirme également vouloir voir Unifor participer à toute solution visant l’avenir du complexe. Le syndicat, qui représente les travailleurs de l’usine, a récemment indiqué que Stellantis envisageait différentes options pour le site, incluant potentiellement sa vente. Mais pour le maire de Brampton, les perspectives de voir Stellantis simplement relancer la production automobile dans les conditions actuelles sont peu encourageantes. Il parle même d’un pronostic « plutôt sombre » pour une réouverture à court terme.

Une usine automobile devenue un enjeu stratégique

Le dossier de Brampton illustre parfaitement les conséquences de la nouvelle guerre commerciale nord-américaine. Pendant des décennies, l’industrie automobile canadienne a été construite autour d’une chaîne de production intégrée avec les États-Unis. Des pièces traversent la frontière à plusieurs reprises et une grande partie de la production canadienne est destinée au marché américain. Lorsque les droits de douane viennent perturber ce modèle, ce n’est pas seulement le prix d’un véhicule qui augmente. Ce sont des décisions d’investissement de plusieurs milliards de dollars qui sont remises en question. L’intérêt potentiel de BYD, de Leapmotor, de Roshel et de Dominion Dynamics démontre néanmoins qu’un complexe comme Brampton conserve une valeur importante. La véritable question n’est peut-être donc plus de savoir si l’usine peut avoir un avenir, mais plutôt quel type d’industrie occupera ses chaînes de production dans les prochaines années. Pour les milliers de travailleurs et pour l’industrie automobile canadienne, la réponse pourrait être déterminante.

Avec des renseignements d’Automotive News Canada

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