Les Américains croulent sous les prêts automobiles en retard
Le marché automobile américain se trouve dans une situation pour le moins paradoxale. Le crédit automobile demeure étonnamment facile à obtenir alors que les retards de paiement atteignent des niveaux qui rappellent les années précédant la crise financière de 2008. Selon les données de Cox Automotive, les conditions de crédit automobile aux États-Unis seraient actuellement parmi les plus souples des 11 dernières années. En d’autres mots, si un consommateur veut acheter une voiture, il existe de fortes chances qu’un prêteur accepte de lui avancer l’argent. Le problème, c’est qu’un nombre croissant d’emprunteurs éprouve ensuite des difficultés à rembourser.
Les retards explosent, mais pas encore les reprises
Selon un récent rapport d’Automotive News, les prêteurs continuent d’accorder des crédits malgré l’augmentation des paiements en retard. Satyan Merchant, vice-président principal responsable du secteur automobile chez TransUnion, affirme que les prêteurs ne resserrent pas leurs critères et ne réduisent pas leur offre de crédit. Une situation qui se reflète notamment dans la popularité grandissante des prêts automobiles de 84 mois, soit sept ans. En mars, 12,8 % des acheteurs américains ont financé leur véhicule avec un prêt d’au moins 84 mois. Une durée qui permet évidemment de réduire le paiement mensuel, mais qui augmente considérablement le coût total du véhicule et maintient l’emprunteur endetté pendant une très longue période.
5,5 % des dettes automobiles accusent au moins 90 jours de retard
Le chiffre le plus préoccupant vient de la Federal Reserve Bank of New York. Au deuxième trimestre, 5,5 % de l’ensemble de la dette automobile américaine était en retard d’au moins 90 jours. Il s’agit du deuxième niveau le plus élevé enregistré depuis que cette statistique est compilée, soit depuis plus de 20 ans. Et pourtant, les défauts de paiement ne progressent pas au même rythme. Jonathan Gregory, directeur principal des analyses économiques et industrielles chez Cox Automotive, estime qu’il n’y a actuellement aucune donnée démontrant que les prêteurs agissent de manière irresponsable. Le phénomène pourrait plutôt traduire une réalité plus inquiétante : les consommateurs sont à bout de souffle financièrement.
Les consommateurs choisissent quelle facture payer
L’inflation élevée semble jouer un rôle important. Lorsqu’un ménage dispose de moins de marge financière, il peut décider de reporter certains paiements tout en continuant de payer les autres. Le prêt automobile n’est donc pas nécessairement abandonné; il est simplement relégué temporairement derrière d’autres obligations financières. Cette situation permet d’expliquer pourquoi les retards augmentent sans provoquer immédiatement une explosion des reprises de véhicules. Mais elle soulève une question beaucoup plus importante : combien de temps cette stratégie peut-elle fonctionner? Car reporter un paiement ne fait pas disparaître la dette.
Le financement sur sept ans devient la nouvelle norme
Le problème ne réside pas uniquement dans les retards. Les consommateurs américains utilisent de plus en plus la durée des prêts pour rendre des véhicules devenus extrêmement coûteux plus abordables sur une base mensuelle. Un financement de 84 mois peut effectivement faire baisser le paiement mensuel, mais il comporte plusieurs pièges: plus d’intérêts versés au cours du prêt, une période d’endettement beaucoup plus longue, davantage de risques d’être en situation de valeur négative et une plus grande difficulté à changer de véhicule avant la fin du financement. C’est précisément pourquoi le fameux « combien voulez-vous payer par mois? » constitue une question beaucoup plus avantageuse pour le vendeur que le traditionnel « quel est votre budget? ».
Les concessionnaires ont eux aussi intérêt à maintenir le crédit
Il faut également regarder l’autre côté de l’équation. Les concessionnaires automobiles réalisent une partie importante de leurs profits grâce aux activités financières et aux produits vendus lors de la transaction. Les prêteurs, eux, gagnent de l’argent grâce aux intérêts. Il existe donc un intérêt commun à maintenir l’accès au crédit, même lorsque les consommateurs commencent à montrer des signes de fatigue financière. C’est ce qui rend la situation actuelle particulièrement délicate. D’un côté, les données indiquent que les prêteurs ne prennent pas nécessairement des risques excessifs. De l’autre, les mêmes données montrent que les consommateurs ont de plus en plus de difficulté à respecter leurs obligations.
Un rappel inquiétant de 2008
Le parallèle avec la crise financière de 2008 mérite toutefois d’être abordé avec prudence. Les niveaux de retards sur les prêts automobiles se rapprochent de ceux observés avant l’effondrement financier de 2008. À l’époque, la montée des défauts de paiement faisait partie des signes annonciateurs de l’éclatement de la bulle du crédit. Cela ne signifie évidemment pas qu’une nouvelle crise financière est imminente. Le marché des prêts automobiles ne possède pas la même ampleur ni la même structure que le marché hypothécaire américain de l’époque. Mais le signal d’alarme mérite d’être entendu.
Une situation à surveiller au Canada
Même si ces données concernent les États-Unis, la tendance mérite l’attention des consommateurs canadiens. Les véhicules neufs sont eux aussi devenus beaucoup plus chers au cours des dernières années et les constructeurs proposent de plus en plus de financements à très longue durée pour maintenir les paiements mensuels à un niveau acceptable. Pour un acheteur, le meilleur réflexe demeure donc de regarder le coût total du véhicule et du financement, plutôt que de se laisser séduire par un paiement mensuel qui semble abordable. Parce qu’un véhicule que l’on peut payer pendant sept ou huit ans n’est pas nécessairement un véhicule que l’on peut réellement se permettre.
Avec des renseignements de Carbuzz

