Volkswagen veut réduire sa gamme de moitié pour financer l’innovation
Volkswagen Group prépare une importante cure d’amaigrissement de sa gamme de véhicules. Le géant allemand souhaite réduire jusqu’à 50 % le nombre de ses modèles et jusqu’à 75 % celui de leurs variantes, une stratégie destinée à diminuer les coûts et à libérer des capitaux pour accélérer le développement technologique. Le groupe, qui réunit notamment Volkswagen, Audi, Skoda, Cupra, Seat, Porsche, Bentley et Lamborghini, cherche ainsi à améliorer une rentabilité qui demeure nettement inférieure à ses objectifs à long terme.
Une gamme devenue trop complexe
Selon un document interne baptisé Future Picture 2030, consulté par Automobilwoche, le directeur financier de Volkswagen Group, Arno Antlitz, et le responsable du développement, Werner Tietz, estiment que la complexité excessive de l’offre coûte cher au constructeur. Volkswagen Group propose actuellement environ 150 lignes de modèles à travers ses différentes marques. Pendant des décennies, cette capacité à occuper pratiquement toutes les niches du marché a constitué l’une de ses grandes forces. Mais cette stratégie a aussi entraîné une multiplication des plateformes, des composants, des versions et des équipements. En 2025, le groupe a consacré 34,4 milliards d’euros à ses investissements, dont 19,4 milliards en recherche et développement. Le ratio d’investissement atteignait 11,8 % du chiffre d’affaires, un niveau jugé trop élevé par rapport à plusieurs concurrents.
Moins de modèles, mais davantage de technologie
L’objectif n’est donc pas simplement de vendre moins de véhicules, mais de concentrer les ressources sur les produits les plus importants. Volkswagen veut réduire le coût de fabrication de chaque véhicule grâce à des structures plus simples, moins de complexité et une offre mieux adaptée aux attentes des consommateurs. La marque Volkswagen devrait ainsi privilégier des modèles à gros volume comme la Golf, le Tiguan, le T-Roc et la Passat, tout en accordant une place importante à ses véhicules électriques. Certains modèles pourraient toutefois disparaître. Le Volkswagen ID.5, dont les ventes demeurent modestes, fait partie des candidats potentiels. Le Taigo pourrait également être sacrifié, puisqu’il fait partiellement doublon avec les T-Cross et T-Roc.
Audi pourrait également faire le ménage
Chez Audi, la rationalisation pourrait être particulièrement visible dans les silhouettes proposées. Certains modèles ou styles de carrosserie, notamment les variantes Sportback, pourraient disparaître. Audi a déjà commencé à réduire sa gamme avec l’abandon progressif de modèles comme l’A1 et le Q2, dont les marges sont relativement faibles. L’objectif est clair : éviter de mobiliser des ressources d’ingénierie et de production pour des véhicules qui génèrent peu de profits.
Skoda mieux positionnée que Seat
Toutes les marques du groupe ne devraient cependant pas subir la même cure. Skoda apparaît relativement bien positionnée. La marque tchèque dispose déjà d’une gamme plus rationnelle et affiche une rentabilité élevée. Elle pourrait donc être moins touchée par les suppressions de modèles. La situation est plus incertaine chez Seat. La marque espagnole a progressivement perdu de son importance stratégique au sein du groupe, tandis que Cupra connaît une croissance beaucoup plus rapide. Volkswagen devra donc déterminer quelle place Seat occupera dans son portefeuille à long terme.
Porsche devra aussi réduire ses variantes
Même Porsche, l’une des marques les plus rentables du groupe, n’échappera pas nécessairement à la simplification. La gamme de la 911 illustre parfaitement le problème. Le modèle est offert dans une impressionnante quantité de versions, notamment Carrera, Turbo, GTS et GT3, avec de nombreuses déclinaisons. Une partie de cette diversité pourrait disparaître afin de réduire les coûts et de simplifier la production.
L’intelligence artificielle au service du développement
Volkswagen ne compte pas uniquement réduire le nombre de véhicules. Le constructeur veut également accélérer le développement des modèles restants. La standardisation accrue des plateformes et des modules doit permettre de réutiliser davantage de composants entre les différents véhicules. Volkswagen prévoit également une utilisation plus importante de l’intelligence artificielle dans le processus de développement. Werner Tietz estime que la réduction de la complexité permettra de consacrer davantage de ressources à chaque modèle. L’idée est relativement simple : développer moins de voitures, mais de meilleures voitures, plus rapidement.
Un objectif de rentabilité de 8 à 10 %
Cette restructuration s’inscrit dans la stratégie de redressement du chef de la direction de Volkswagen Group, Oliver Blume. Le groupe vise une marge opérationnelle à long terme comprise entre 8 et 10 %. Or, celle-ci ne s’établissait qu’à 4,2 % au premier semestre. Volkswagen veut également simplifier ses structures administratives, régionaliser davantage le développement et adapter ses capacités de production à un volume annuel d’environ 9 millions de véhicules.
Des voitures chinoises pourraient être produites en Europe
Autre élément particulièrement intéressant de la stratégie : Volkswagen envisage de produire en Europe certains véhicules développés en Chine. Plusieurs usines européennes du groupe fonctionnent actuellement avec des capacités inutilisées. Plutôt que de laisser ces installations sous-exploitées, Volkswagen étudie la possibilité d’y assembler des modèles conçus en Chine. Cette approche pourrait permettre au constructeur de réduire les délais de développement et de mieux utiliser ses infrastructures européennes, tout en profitant du rythme d’innovation beaucoup plus rapide de ses équipes chinoises.
Une transformation devenue nécessaire
Volkswagen se trouve donc devant un changement de philosophie important. Le groupe allemand a longtemps bâti sa puissance sur une gamme extrêmement vaste capable de répondre à presque tous les besoins. Cette stratégie atteint toutefois ses limites dans un marché où les coûts de développement explosent, où l’électrification exige des investissements massifs et où les constructeurs chinois imposent un rythme technologique beaucoup plus rapide. Réduire de moitié le nombre de modèles et de trois quarts celui des variantes représente une décision radicale. Mais pour Volkswagen, le véritable enjeu sera de réussir à transformer les économies réalisées en véhicules plus compétitifs et technologiquement plus avancés.
Avec des renseignements d’Automotive News

