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L’automobile au coeur des discussions de l’ACEUM

Les discussions officielles commencent demain


L’automobile au coeur des discussions de l’ACEUM

Les discussions officielles entourant la révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) débuteront le 1er juillet avec une rencontre virtuelle entre les représentants commerciaux des trois pays. Cette révision obligatoire pourrait redéfinir les règles du commerce automobile nord-américain pour les années à venir. Au cœur des débats se trouve une proposition de l’administration de Donald Trump visant à augmenter considérablement la part de contenu américain exigée dans les véhicules assemblés en Amérique du Nord. Une telle modification pourrait transformer en profondeur les chaînes d’approvisionnement de l’industrie automobile.

Une première révision historique de l’ACEUM

Entré en vigueur en 2020, l’ACEUM prévoit une clause unique obligeant les trois partenaires à réévaluer l’accord six ans après son entrée en application. Les discussions qui s’amorcent devront déterminer si l’accord sera prolongé jusqu’en 2042 ou s’il fera l’objet de modifications importantes. À défaut d’une entente, le traité sera soumis à des révisions annuelles jusqu’à son échéance prévue en 2036. Chaque pays conserve également le droit de quitter l’accord avec un préavis de six mois. Selon plusieurs analystes, la réunion du 1er juillet servira surtout à établir le cadre des négociations. Les véritables discussions devraient s’intensifier lors d’une rencontre prévue le 20 juillet à Mexico City.

Washington veut hausser le contenu américain à 50 %

L’enjeu majeur concerne les règles d’origine dans le secteur automobile. Actuellement, un véhicule doit contenir au moins 75 % de composantes provenant de l’Amérique du Nord pour bénéficier du traitement tarifaire préférentiel prévu par l’ACEUM. L’administration Trump souhaite porter ce seuil à 82 %. Plus controversée encore est sa proposition d’exiger que 50 % de la valeur totale du véhicule provienne spécifiquement des États-Unis. Une telle mesure représenterait un changement majeur pour les constructeurs qui ont bâti, au cours des trois dernières décennies, des chaînes d’approvisionnement intégrées entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Selon les experts du cabinet-conseil AlixPartners, cette exigence pourrait entraîner une hausse importante des coûts de production et obliger les manufacturiers à revoir complètement leurs stratégies d’approvisionnement.

Les batteries et les technologies avancées dans la mire

La Maison-Blanche souhaite également relever les exigences de contenu régional pour plusieurs composantes stratégiques, notamment les batteries, l’électronique de puissance et les systèmes avancés d’aide à la conduite (ADAS). Le défi est que l’industrie nord-américaine ne dispose pas encore d’une capacité de production suffisante pour fabriquer localement l’ensemble de ces composants à grande échelle. Cette situation pourrait entraîner des investissements massifs dans la chaîne d’approvisionnement, mais aussi une augmentation des coûts de fabrication qui risque ultimement d’être refilée aux consommateurs.

Les constructeurs automobiles réclament la stabilité

Les grands constructeurs automobiles souhaitent majoritairement le maintien de l’accord trilatéral. Ford Motor Company a récemment qualifié l’ACEUM de pilier essentiel pour attirer les investissements, créer des emplois et renforcer la base manufacturière nord-américaine. De son côté, General Motors considère l’accord comme indispensable à la compétitivité du secteur et demande que toute modification des règles d’origine soit introduite progressivement afin de permettre aux fournisseurs et aux constructeurs de s’adapter. L’organisation Autos Drive America partage cette position. Selon elle, l’accord permet actuellement aux constructeurs de produire des véhicules compétitifs tout en maintenant une forte présence manufacturière sur le continent.

Le syndicat UAW réclame des changements profonds

La position du syndicat américain United Auto Workers diffère toutefois de celle des constructeurs. L’organisation demande un resserrement important des règles commerciales, incluant l’instauration de quotas d’importation, un renforcement des protections des travailleurs et l’établissement d’un salaire minimum manufacturier nord-américain. L’objectif est de réduire les écarts salariaux entre les trois pays et de limiter la délocalisation des emplois vers le Mexique. Le syndicat estime même que les États-Unis devraient envisager de se retirer de l’ACEUM si ces conditions ne sont pas respectées.

Une rivalité avec la Chine en toile de fond

Pour plusieurs observateurs, la révision de l’ACEUM dépasse largement la simple question des règles d’origine. L’industrie automobile nord-américaine fait face à une concurrence croissante de la Chine, particulièrement dans les secteurs des véhicules électriques, des batteries et des technologies embarquées. Selon plusieurs experts, la complémentarité entre les trois pays constitue justement l’un des principaux atouts du continent : le Canada apporte ses ressources naturelles stratégiques, les États-Unis dominent les technologies avancées et le Mexique offre une importante capacité manufacturière. Dans cette perspective, certains analystes estiment qu’un durcissement excessif des règles pourrait affaiblir la compétitivité de l’ensemble de la région plutôt que la renforcer.

Une période d’incertitude pour l’industrie

Même si aucune décision majeure n’est attendue à court terme, les négociations qui s’amorcent pourraient avoir des conséquences considérables pour les constructeurs automobiles, les fournisseurs et les consommateurs. Entre les ambitions protectionnistes de Washington, les préoccupations des syndicats et le besoin de préserver la compétitivité nord-américaine face à la Chine, les prochains mois s’annoncent déterminants pour l’avenir de l’industrie automobile du continent.

Avec des renseignements d’Automotive News

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