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Lucid Motors supprime 18 % de ses effectifs

L'avenir dépend d'un seul modèle


Lucid Motors supprime 18 % de ses effectifs

Le marché des véhicules électriques continue de rappeler qu’il n’est plus le Far West des années Tesla. Après des années de croissance effrénée, les constructeurs spécialisés dans l’électrique découvrent que vendre des voitures demeure une activité nettement plus compliquée que séduire des investisseurs. Dernier exemple en date : Lucid Motors, qui vient d’annoncer une nouvelle vague de licenciements touchant 18 % de ses effectifs, soit environ 1 500 employés. Le plus inquiétant? Il s’agit du deuxième plan de réduction majeur en seulement quatre mois.

Une deuxième coupe drastique en quelques mois

Après avoir supprimé 12 % de ses postes plus tôt cette année, Lucid récidive avec une restructuration encore plus importante. L’entreprise a également confirmé l’élimination du deuxième quart de travail à son usine de Casa Grande, en Arizona, un geste qui envoie un message clair : la demande ne suit pas les capacités de production. Cette nouvelle vague de compressions survient alors que le marché américain des véhicules électriques ralentit et que plusieurs constructeurs revoient à la baisse leurs ambitions d’électrification.

Un nouveau PDG fait le ménage

Ces décisions constituent les premiers gestes importants de Silvio Napoli, devenu officiellement président-directeur général le 1er juin. Dans un communiqué, Lucid affirme vouloir simplifier sa structure, améliorer son efficacité opérationnelle et renforcer sa compétitivité à long terme. Le profil de Napoli détonne toutefois dans l’univers automobile. Loin d’être un vétéran des véhicules électriques, il a passé l’essentiel de sa carrière chez Schindler Group, le géant suisse des ascenseurs et escaliers mécaniques, où il a occupé les fonctions de président et chef de la direction. Il hérite d’une entreprise particulièrement instable sur le plan de la gouvernance.

Une hémorragie de dirigeants

Depuis deux ans, Lucid a vu défiler plus d’une douzaine de cadres supérieurs. Le plus récent départ est celui de Marc Winterhoff, qui occupait le poste de chef de la direction par intérim depuis plus d’un an. Initialement appelé à devenir chef des opérations après l’arrivée de Napoli, Winterhoff quitte finalement l’entreprise après l’abolition pure et simple du poste de COO. Selon les documents réglementaires, il recevra une indemnité de départ, certaines mesures de sécurité et conservera même son véhicule de fonction. Cette sortie s’ajoute à une longue liste de départs. Le e fondateur et ancien PDG Peter Rawlinson a quitté abruptement l’entreprise en février 2025, l’ingénieur en chef Eric Bach a été congédié avant d’intenter une poursuite pour congédiement injustifié et le dirigeant Emad Dlala a récemment démissionné, quelques mois seulement après une promotion.

Des économies de 158 millions de dollars

À la fin de 2025, Lucid comptait environ 9 000 employés à travers le monde avant une première réduction de 12 %Cette nouvelle restructuration touche les employés permanents, les travailleurs contractuels et les employés horaires de production. L’entreprise estime que ces mesures permettront de réaliser environ 158 millions de dollars américains d’économies annuelles. Les coûts liés aux indemnités de départ atteindront toutefois près de 32 millions de dollars. La restructuration devrait être complétée d’ici la fin du troisième trimestre.

L’usine tourne au ralenti

L’arrêt du deuxième quart de travail à Casa Grande constitue sans doute le signal le plus préoccupant. Officiellement, Lucid explique vouloir harmoniser sa production avec la demande anticipée. Dans les faits, cela signifie que l’entreprise ne vend pas suffisamment de véhicules pour justifier les capacités qu’elle a mises en place. Le problème n’est pas nouveau. Au premier trimestre, Lucid a produit environ 5 500 véhicules et livré seulement 3 093 unités à ses clients. L’écart entre la production et les ventes a contribué à gonfler les stocks, remettant en question l’objectif annuel de 25 000 véhicules produits.

Le VUS Cosmos : le dernier grand espoir

L’avenir de Lucid repose désormais largement sur un seul produit : le futur Cosmos. Ce VUS électrique, appelé à devenir le premier modèle grand public de la marque, devrait être proposé à partir de moins de 50 000 dollars américains. Contrairement à la luxueuse Air ou au Gravity, le Cosmos vise un segment beaucoup plus accessible. L’objectif est clair : augmenter les volumes, attirer une nouvelle clientèle et enfin rapprocher Lucid de la rentabilité. Des prototypes ont récemment été aperçus à proximité de l’usine de Casa Grande, effectuant des essais comparatifs aux côtés du principal rival visé : le Tesla Model Y. Une cible ambitieuse, considérant qu’il s’agit du véhicule électrique le plus vendu au monde.

L’autonomie comme autre pari

Lucid ne mise pas uniquement sur le Cosmos. Le constructeur poursuit également le développement de ses technologies d’aide à la conduite. L’entreprise prévoit notamment lancer un service de robotaxis à San Francisco grâce à des partenariats avec Uber et Nuro. Le VUS Gravity bénéficie déjà de fonctions de conduite mains libres. Lucid refuse toutefois de préciser si les compressions actuelles affecteront ces projets.

L’argent saoudien suffit-il encore?

Lucid bénéficie d’un avantage que peu de jeunes constructeurs possèdent : le soutien financier du Fonds d’investissement public d’Arabie saoudite, actionnaire majoritaire de l’entreprise. Ce soutien a permis au constructeur d’encaisser deux vagues massives de licenciements en une seule année sans mettre immédiatement sa survie en péril. Mais même les poches profondes ont leurs limites. Le scénario qui se dessine est difficile à ignorer : ralentissement des ventes, restructurations successives, rotation élevée des dirigeants et dépendance envers un futur modèle appelé à tout changer. Dans l’industrie automobile, miser son avenir sur un seul véhicule est rarement une stratégie confortable. Pour Lucid, le Cosmos devra être bien plus qu’un nouveau VUS. Il devra devenir le modèle qui transformera enfin un brillant projet technologique en véritable constructeur rentable.

Avec des renseignements d’Electrek

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